Notes de programme – 01.02.2016

Le programme d´aujourd´hui nous mène parmi les différentes écritures pour violon qui coexistaient dans le nord-est de l´Europe à la fin du XVIIème siècle.

 

Né en Savoie, Georg Muffat eut une carrière cosmopolite comme peux dans l´époque, qui le permis de connaître le Paris de Lully ou la Rome de Corelli, influences présentes dans ses concerti grossi, et travailler après à Vienne, Salzbourg et Passau. Sa sonate pour violon solo –et continuo- est la composition la plus ancienne connue de Muffat, son seul manuscrit (daté en Prague le 2ème juillet 1677), et sa seule œuvre pour cette formation. La sonate était peut-être un cadeau pour le Prince-Archevêque Karl Liechtenstein-Castelcorn, car elle est préservée dans sa bibliothèque ; elle paraît être inspirée du style de Biber, Schmelzer ou Bertali, que Muffat aurait rencontré lors d´un séjour à Vienne l´année d´avant (il aurait même pu étudier avec eux). Néanmoins, cette sonate ne ressemble à rien: c´est une séquence enchaînée de sections à la manière du stylus phantasticus, or apollinienne, or dansante, or improvisatoire ou virtuose, mais en tout cas unique.

 

Tuteur des Princes de Saxe, membre de la Chapelle de la cour de Dresde, professeur de langues modernes à l´Université de Wittenberg et musicien à la cour de Weimar, Johann Paul von Westhoff fut considéré comme un des violonistes les plus importants en Allemagne, côte à côte avec Biber et Walther. Mais parce qu´il est vu comme une des influences les plus puissantes dans les Sonates et Partitas de Bach, on n´a pas toujours donné à ses œuvres l´attention qu´elles méritent. Dans les sonates avec continuo, on ressent l´influence du style italien transmis par Carlo Farina -qui avait aussi vécu à Dresde-, mélangé avec la polyphonie développée par l´école allemande, et un style très personnel, techniquement très demandant aussi pour le violoniste que pour les continuistes. Il était capable d´un lyrisme remarquable, qu´on apprécie dans la passacaglia du 1er mouvement ou l´aria du mouvement central de cette sonate, comme d´un caractère guerrier propre du stile concitato, qui préside les mouvements 2ème et 5ème.

 

Les quinze Sonates du Rosaire de Heinrich Ignaz Franz von Biber sont un monument unique dans la littérature pour violon, dans deux sens: le matériel programmatique utilisé (chaque sonate a une gravure avec images de la vie du Christ et de la Vierge, associés avec les mystères du Rosaire), et l´usage de la scordature, avec un accord du violon –et une couleur de son- différent pour chaque sonate. Le cycle se ferme avec la Passacaglia pour violon solo qu´on écoute aujourd´hui, qui retourne à l´accord habituel de l´instrument, et qui est identifiée par l´image de l´ange gardien ; une interprétation plausible de sa signification est que les 65 variations sur le tétracorde descendant tracent les âges de la vie humaine.

 

Beaucoup plus connu grâce à ses œuvres pour orgue ou sa musique religieuse, Dieterich Buxtehude composa aussi pas mal de musique de chambre, dont deux collections de sonates en trio pour violon et viole -14 en total-, qui étaient les seules œuvres publiées pendant sa vie. C´était une formation plutôt exceptionnelle à l´époque, en donnant un rôle soliste à l´instrument grave ; le continuo participe activement dans la conversation à trois. Bien que la plupart des sonates de la collection sont écrites dans le caractère improvisatoire du stylus phantasticus, celle qu´on écoute aujourd´hui répond apparemment au schème plus conventionnel en quatre mouvements, si bien à l´intérieur on ne trouve rien d´habituel ou d´assimilé au modèle corellien ; en fait, tous les mouvements, de danse ou fugués, sont plutôt rapides, ayant les deux derniers une petite introduction lente.

Irene Benito

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